Brève : coordonnées entières

Je partage cette petite trouvaille rencontrée en élaborant un exercice pour mes élèves sur la droite d’Euler : il s’agit d’un triangle scalène, non rectangle, dans lequel les trois sommets (\(A\), \(B\), \(C\)), les trois pieds des hauteurs (\(H_{1}\), \(H_{2}\), \(H_{3}\)), les trois points milieux des côtés (\(M_{1}\), \(M_{2}\), \(M_{3}\)) et les points d’intersection des médianes (\(M_{0}\)), médiatrices (\(R_{0}\)) et hauteurs (\(H_{0}\)) ont tous des coordonnées entières et dont les côtés ne sont pas parallèles aux axes. Qui plus est, les pieds des hauteurs tombent sur les côtés (et non sur leurs prolongements) et les trois points d’intersection se trouvent à l’intérieur du triangle.

thedudeminds_2014062402Sur la figure, le triangle, en bleu, les médianes tracées avec des traits pointillés fins, les hauteurs avec des traits pointillés longs, et les médiatrices avec des traits continus. La droite d’Euler est en rouge.

Si on laisse tomber la condition que les points d’intersections \(H_{0}\), \(R_{0}\) et \(M_{0}\) soient à l’intérieur du triangle, on peut trouver facilement des triangles beaucoup plus petits (il en existe beaucoup), par exemple celui-cithedudeminds_2014062401

Bon. Je suis loin d’avoir fait une recherche exhaustive, mais voilà : je doute qu’il existe des triangles beaucoup plus petits que celui ci-dessus. Si vous en trouvez, s’il vous plait, faites-moi en part !

En ce qui me concerne, après tâtonnements dans Géogébra, j’ai cru bon partir du point d’intersection des médiatrices, équidistant des trois sommets, et de reconstruire les sommets du triangle à partir de là. Pour éviter d’obtenir des triangles rectangles (\(R_{0}\) tombe sur l’hypoténuse) ou isocèles, ou des côtés parallèles aux axes, j’ai utilisé pour les accroissements le plus petit nombre exprimable comme somme de deux carrés de trois façons différentes : \[325 = 1^{2}+18^{2}=66^{2}+17^{2}=10^{2}+15^{2}\]Après un peu de jonglerie avec les combinaisons possibles de ces nombres, j’ai ensuite redimensionné le triangle afin que tous les points mentionnés ci-haut soient à coordonnées entières (en multipliant les accroissements par le PPCM des dénominateurs des coordonnées rationnelles). Je n’ai aucune idée cependant si cette démarche est la meilleure !

Insérez ici une fausse solution

Vous résolvez des équations avec des racines carrées et vos élèves sont troublés lorsqu’ils élèvent au carré et insèrent peut-être par le fait même une ou des fausses solutions à l’équation initiale ? Par exemple, pour résoudre \[\sqrt{x + 3} = x+1\]on élève au carré pour se débarrasser de la racine carrée à gauche \[x + 3 = \left(x+1\right)^{2}\]On développe \[x + 3 = x^{2}+2x+1\]On regroupe \[0 = x^{2} + x-2\]et on factorise \[0 = (x+2)(x-1)\]Les solutions à la dernière équations sont \(-2\) et \(1\). Si \(1\) est bien une solution de l’équation initiale \begin{align*}\sqrt{1+3} &= 1+1 \\ \\ \sqrt{4}&=2 \\ \\ 2&=2\end{align*}on ne peut pas en dire autant de \(-2\) \begin{align*}\sqrt{-2+3} &\neq -2+1 \\ \\ \sqrt{1}&\neq -1 \\ \\ 1 &\neq -1\end{align*}Lorsqu’on a élevé au carré, une fausse solution, \(-2\), s’est insérée. Calamité !

Exemple extrêêêêêêême

L’intrigue se corse. On veut résoudre\[\sqrt{x+3-4\sqrt{x-1}}+\sqrt{x+8-6\sqrt{x-1}}=1\]une expression aux allures certainement plus menaçantes. On cherchera néanmoins à éliminer les racines. En élevant au carré on obtient \[x+3-4\sqrt{x-1}+2\sqrt{\left(x+3-4\sqrt{x-1}\right)\left(x+8-6\sqrt{x-1}\right)}+x+8-6\sqrt{x-1}=1\]qu’on simplifie en regroupant les termes semblables \[2x+11-10\sqrt{x-1}+2\sqrt{\left(x+3-4\sqrt{x-1}\right)\left(x+8-6\sqrt{x-1}\right)}=1\]ou de manière équivalente \[2\sqrt{\left(x+3-4\sqrt{x-1}\right)\left(x+8-6\sqrt{x-1}\right)}=10\sqrt{x-1}-2x-10\]En divisant par \(2\) \[\sqrt{\left(x+3-4\sqrt{x-1}\right)\left(x+8-6\sqrt{x-1}\right)} = 5\sqrt{x-1}-x-5\]et en élevant au carré pour se débarrasser de la racine à gauche, on obtient \begin{align*}\left(x+3-4\sqrt{x-1}\right)\left(x+8-6\sqrt{x-1}\right) &= \\ 25x-25-5x\sqrt{x-1}-25\sqrt{x-1}&-5x\sqrt{x-1}+x^{2}+5x-25\sqrt{x-1}+5x+25\end{align*}ou en regroupant les termes semblables \[\left(x+3-4\sqrt{x-1}\right)\left(x+8-6\sqrt{x-1}\right)=x^{2}-10x\sqrt{x-1}+35x-50\sqrt{x-1}\]Dans l’espoir de regrouper les racines de \(x-1\), on développe le produit à gauche \begin{align*}x^{2}+8x-6x\sqrt{x-1}+3x+24-18\sqrt{x-1}-4x\sqrt{x-1}-32\sqrt{x-1}+24x+24 &= \\ x^{2}-10x\sqrt{x-1}+35x-50&\sqrt{x-1}\end{align*}puis on regroupe les termes semblables à gauche, \[x^{2}-10x\sqrt{x-1}+35x-50\sqrt{x-1}=x^{2}-10x\sqrt{x-1}+35x-50\sqrt{x-1}\]et là, ô surprise, une identité ! Vraie pour tout \(x\) ? On a élevé au carré, certes, mais on ne fait quand même pas dans la sorcellerie ! Une identité ! Que s’est-il passé ?

La clé de l’énigme consiste à remarquer que \begin{align*}x+3-4\sqrt{x-1}&=x-1-4\sqrt{x-1}+4 \\ \\ &=\left(\sqrt{x-1}-2\right)^{2}\end{align*}et\begin{align*}x+8-6\sqrt{x-1}&=x-1-6\sqrt{x-1}+9 \\ \\ &=\left(\sqrt{x-1}-3\right)^{2}\end{align*}c’est à dire que l’équation initiale est équivalente à \[\sqrt{\left(\sqrt{x-1}-2\right)^{2}}+\sqrt{\left(\sqrt{x-1}-3\right)^{2}}=1\]ou, exprimée avec des valeurs absolues, à \[\left|\sqrt{x-1}-2\right| + \left|\sqrt{x-1}-3\right| =1\]Maintenant, pour des valeurs de \(x\) telles que\[1\leq x \leq 5\]l’expression \[\sqrt{x-1}-2\]est négative et pour des valeurs de \(x\) telles que \[5\leq x\]l’expression \[\sqrt{x-1}-2\]est positive. D’autre part, pour des valeurs de \(x\) telles que \[1\leq x \leq 10\]l’expression \[\sqrt{x-1}-3\]est négative et pour des valeurs de \(x\) telles que\[10\leq x\]l’expression \[\sqrt{x-1}-3\]est positive. Ainsi, il y a trois cas à traiter. D’abord si \[1\leq x \leq 5\]les deux expressions sont négatives et pour se débarrasser des valeurs absolues on pose \[-\left(\sqrt{x-1}-2\right)-\left(\sqrt{x-1}-3\right) =1\]ce qui fait \[-2\sqrt{x-1}=-4\]puis en divisant par \(-2\) \[\sqrt{x-1}=2\]On trouve ainsi la solution \begin{align*}x-1&=4 \\ \\ x&=5\end{align*}et comme \[5\leq 5\]on accepte cette solution. Le deuxième cas à traiter est \[5\leq x \leq 10\]Dans ce cas, la première expression est positive mais la deuxième est négative. Pour enlever les valeurs absolues, on pose \[\sqrt{x-1}-2-\left(\sqrt{x-1}-3\right)=1\]ce qui fait \[\sqrt{x-1}-2-\sqrt{x-1}+3=1\]ou, ô surprise, \[1=1\]une identité ! C’est donc dire que cet intervalle au complet \[5 \leq x \leq 10\]est aussi solution à l’équation. Enfin, le troisième et dernier cas à considérer est \[10\leq x\]Dans ce cas, les deux expressions sont positives et donc on a \[\sqrt{x-1}-2+\sqrt{x-1}-3=1\]ce qui fait \[2\sqrt{x-1}=6\]puis en divisant par \(2\) \[\sqrt{x-1}=3\]et là on trouve la solution \begin{align*}x-1&=9 \\ \\ x&= 10\end{align*}Et comme\[10\leq10\]on accepte cette solution.

thedudeminds_2014040709

L’ensemble solution à l’équation initiale comprend donc tout l’intervalle fermé \(\left[5,\, 10\right]\) et comporte ainsi une infinité de solutions. Du coup, la stratégie d’élever au carré pour éliminer les racines produit un polynôme qui comporte au moins autant de solutions que l’équation initiale, c’est-à-dire une infinité, et on obtient ainsi une identité.

Références : Edward J. Barbeau (2013), More Fallacies, Flaws and Flimflam

Multiplication de logarithmes

Chers lecteurs aguerris,

Vous pouvez passer au point 4 immédiatement. Les premiers points sont là sur ce blogue pour fin de complétude.

4. Le produit de logarithmes

Le résultat qui suit provient de la solution (erronée) mais néanmoins amusante au problème :

Que vaut l’expression suivante (sans tables et sans calculatrice):

\[\log_{13}\left(243\right)\log_{3}\left(169\right)\]

En posant\[a=\log_{13}\left(243\right),\quad b = \log_{3}\left(169\right)\]on peut passer à la forme exponentielle équivalente \[13^{a} = 243, \quad 3^{b} = 169\]soustraire respectivement \(243\) et \(169\) de chaque côté et faire la somme des deux équations \[13^{a}-243 = 0, \quad 3^{b}-169 = 0\] \[13^{a}-243 + 3^{b}-169 = 0\]On peut réarranger les termes\[13^{a}-169 + 3^{b}-243=0\]et là, certainement, on trouve les solutions « évidentes » \[a = 2, \quad b = 5\]c’est-à-dire qu’on peut répondre à la question \begin{align*}\log_{13}\left(243\right) \log_{3}\left(169\right)&= ab\\ \\ &=2\cdot 5 \\ \\ &=10\end{align*}La réponse au problème, \(10\), est bonne, mais la démarche est fausse : il est évident que \(a\) et \(b\) ne peuvent prendre respectivement les valeurs \(2\) et \(5\) car \[2 \neq \log_{13}\left(243\right)\]et \[5\neq \log_{3}\left(169\right)\]Pourtant le produit est bien \(10\) ! Hasard ? Oh! Je ne pense pas.

On considère le produit \[\log_{c}\left(x\right)\log_{d}\left(y\right)\]Avec la loi du changement de bases (voir point 3), \[\log_{c}\left(x\right)\log_{d}\left(y\right) = \frac{\log_{d}\left(x\right)}{\log_{d}\left(c\right)} \cdot \frac{\log_{c}\left(y\right)}{\log_{c}\left(d\right)}\]et quelques manipulations algébriques\begin{align*}\frac{\log_{d}\left(x\right)}{\log_{d}\left(c\right)} \cdot \frac{\log_{c}\left(y\right)}{\log_{c}\left(d\right)} &= \log_{d}\left(x\right)\log_{c}\left(y\right) \cdot \frac{1}{\log_{d}\left(c\right)\log_{c}\left(d\right)} \\ \\ &=\log_{d}\left(x\right)\log_{c}\left(y\right) \cdot \frac{1}{\log_{d}\left(c\right)\frac{\log_{d}\left(d\right)}{\log_{d}\left(c\right)}} \\ \\ &= \log_{d}\left(x\right)\log_{c}\left(y\right) \cdot \frac{1}{\log_{d}\left(c\right)\frac{1}{\log_{d}\left(c\right)}} \\ \\ &=\log_{d}\left(x\right)\log_{c}\left(y\right) \cdot \frac{1}{1} \\ \\ &= \log_{d}\left(x\right) \log_{c}\left(y\right) \end{align*}on trouve la jolie égalité suivante \[\log_{c}\left(x\right)\log_{d}\left(y\right) = \log_{d}\left(x\right)\log_{c}\left(y\right)\]Ainsi, on a effectivement \begin{align*}\log_{13}\left(243\right)\log_{3}\left(169\right) &= \log_{3}\left(243\right)\log_{13}\left(169\right) \\ \\ &= 5 \cdot 2 \\ \\ &= 10\end{align*}Dans son livre, Edward J. Barbeau [1] fait remarquer que la courbe strictement décroissante et concave d’équation \[13^{x} + 3^{y} = 412\] intercepte l’hyperbole équilatère d’équation\[xy=10\]en deux endroits : \(\left(2, \ 5\right)\) et \(\big(\log_{13}\left(243\right), \ \log_{3}\left(169\right)\big) \).thedudeminds_2014031301.jpg (1)

Merci TI Nspire CAS pour le joli implicitplot.

1. Le logarithme d’un produit

En partant de la définition,\[c^{\log_{c}\left(x\right)}=x\]on considère, d’une part, le produit \(xy\)\[x \cdot y = c^{\log_c\left(x\right)} \cdot c^{\log_{c}\left(y\right)}\]Avec un produit de deux puissances de même base, on additionne les exposants. \[x \cdot y = c^{\log_{c}\left(x\right) + \log_c\left(y\right)}\]D’autre part, toujours en partant de la définition du logarithme, on considère \[x \cdot y = c^{\log_{c}\left(x \cdot y\right)}\]Ainsi, on trouve\[c^{\log_{c}\left(x\cdot y\right)} = c^{\log_{c}\left(x\right)+\log_{c}\left(y\right)}\]et comme les bases sont égales, les exposants sont égaux ! On a donc \[\log_{c}\left(x \cdot y\right) = \log_{c}\left(x\right) + \log_{c}\left(y\right)\]On procède de la même manière pour le logarithme d’un quotient. On obtient dans ce cas-ci \[\log_{c}\left(\frac{x}{y}\right) = \log_{c}\left(x\right)-\log_{c}\left(y\right)\]

2. Le logarithme d’une puissance

En partant de la définition, on considère, d’une part, la puissance \[a^{x} = \left(c^{\log_{c}\left(a\right)}\right)^{x}\]Avec une puissance elle-même affectée d’un exposant, on multiplie les exposants\[a^{x}= c^{x\cdot \log_{c}\left(a\right)}\]D’autre part, toujours en partant de la définition du logarithme, on considère \[a^{x} = c^{\log_{c}\left(a^{x}\right)}\]Ainsi, on trouve \[c^{\log_{c}\left(a^{x}\right)} = c^{x\cdot \log_{c}\left(a\right)}\]et comme les bases sont égales, les exposants sont égaux ! On a donc \[\log_{c}\left(a^{x}\right) = x \cdot \log_{c}\left(a\right)\]

3. La loi du changement de bases

En partant de la définition, on considère les expressions suivantes \[c^{\log_{c}\left(x\right)}=x\]et \[d^{\log_{d}\left(x\right)} = x\]On substitut \(x\), dans la deuxième expression, à gauche, par l’expression qui lui est égale dans la première. \[d^{\log_{d}\left(c^{\log_{c}\left(x\right)}\right)}=x\]
En utilisant le résultat sur le logarithme d’une puissance, on réécrit l’expression précédente comme\[d^{\log_{c}\left(x\right)\cdot\log_{d}\left(c\right)} = x\]Mais comme on avait aussi précédemment\[d^{\log_{d}\left(x\right)} = x\]on trouve \[d^{\log_{c}\left(x\right)\cdot \log_{d}\left(c\right)} = d^{\log_{d}\left(x\right)}\]
et comme les bases sont égales, les exposants sont égaux ! \[\log_{c}\left(x\right) \cdot \log_{d}\left(c\right) = \log_{d}\left(x\right)\]En divisant chaque côté par \(\log_{d}\left(c\right)\), on obtient \[\log_{c}\left(x\right) = \frac{\log_{d}\left(x\right)}{\log_{d}\left(c\right)}\]On note qu’en divisant, si \(c \neq 1\), alors \(\log_{d}\left(c\right) \neq 0\).

Références : [1] Barbeau,Edward J. (2000), Mathematical Fallacies, Flaws, and Flimflam

Freiling, Chris, The Change of Base Formula for Logarithms, College Mathematics Journal 17 (1986), p413