Les bonds entre les bonds…

Il est assez facile de montrer que si l’on a une fonction quadratique et qu’en observant sa table de valeurs, il y a des bonds constants du côté de la variable indépendante, alors on observera des bonds entre les bonds constants du côté de la variable dépendante. Et si les bonds constants de la variable indépendante sont de \(1\), et que la règle de la fonction quadratique est \[f(x) = ax^{2}+bx + c\]alors les bonds entre les bonds du côté de la variable dépendante auront une valeur de \(2a\). Un de mes collègues avait une question fort pertinente, c’est-à-dire celle-ci :

Réciproquement, si l’on a une fonction dans laquelle, pour des bonds constants de \(1\) du côté de la variable indépendante, on a des bonds entre les bonds constants d’une valeur de \(2a\) du côté de la variable dépendante, alors montrez qu’il s’agit d’une fonction quadratique.

On a

On tire donc \begin{align*}f(p)&=f(p) \\ \\ f(p+1) &= f(p) + \Delta_{1} \\ \\ f(p+2) &= f(p) + \Delta_{1}+\Delta_{2} \\ \\ f(p+3) &= f(p) + \Delta_{1} + \Delta_{2} + \Delta_{3} \\ \\ f(p+4)&=f(p)+\Delta_{1}+\Delta_{2}+\Delta_{3}+\Delta_{4} \\ \\ &\dots\end{align*}
ce qui est équivalent à \begin{align*}f(p)&=f(p) \\ \\ f(p+1) &= f(p) + \Delta_{1} \\ \\ f(p+2) &= f(p) + \Delta_{1}+(\Delta_{1}+2a) \\ \\ f(p+3) &= f(p) + \Delta_{1} + (\Delta_{1}+2a) + (\Delta_{1}+4a) \\ \\ f(p+4)&=f(p)+\Delta_{1}+(\Delta_{1}+2a)+(\Delta_{1}+4a)+(\Delta_{1}+6a) \\ \\ &\dots\end{align*}Le terme général sera donc \[f(x) = f(p) + \Delta_{1}+(\Delta_{1}+2a) + (\Delta_{1}+4a) + \ \dots \ + (\Delta_{1}+(x-p-1)(2a))\]En regroupant les \(\Delta_{1}\) (il y en aura \(x-p\)) \[f(x) = f(p) + (x-p)\Delta_{1}+2a+4a+\ \dots \ + (x-p-1)(2a)\]puis en effectuant la mise en évidence de \(2a\), on obtient \[f(x) = f(p) + (x-p)\Delta_{1}+(2a)(1 + 2 + 3 + \ \dots \ + (x-p-1))\]La somme entre parenthèses est celle des \(x-p-1\) premiers entiers \[f(x) = f(p) + (x-p)\Delta_{1}+(2a)\left(\frac{(x-p-1)(x-p)}{2}\right)\]En développant le produit au numérateur \[f(x) = f(p) + (x-p)\Delta_{1}+ (2a)\left(\frac{p+p^{2}-x-2px+x^{2}}{2}\right)\]et en distribuant le facteur \(2a\) dans la parenthèse, et en effectuant les produits restants, on obtient \[f(x) = f(p) + \Delta_{1}x-\Delta_{1}p + ap + ap^{2}-ax-2apx+ax^{2}\]En réarrangeant les termes, on constate qu’il s’agit bien d’une fonction quadratique \[f(x) = ax^{2}+(\Delta_{1}-a-2ap)x + (f(p) + ap^{2}+ap -\Delta_{1}p)\]dont le coefficient du terme au carré est bien \(a\) !

Par exemple, si l’on a

On aura, en prenant \(a=3\), \(p=8\), \(f(p) = 62\) et \(\Delta_{1}=36\), \[f(x) = 3x^{2}+(36-3-2\cdot3\cdot 8)x + (62 + 3\cdot 8^{2}+3\cdot 8-36 \cdot 8)\]ce qui correspond à \[f(x) = 3x^{2}-15x-10\]la règle de la fonction quadratique.

Citation

With this proof about even perfect numbers, Euler finished the work begun by Euclid so long before. Their joint result – a collaboration spanning two millennia – should rightly be called the “Euclid-Euler Theorem”. This name, to be sure, has an alphabetical appeal to it, but it also hyphenates two of the greatest names from the history of mathematics. It is as thought Sophocles and Shakespeare had jointly written a play or Phidias and Michelangelo had jointly carved a statue.

Of course no book contrains such a play, and no museum holds such a statue. But the Euclid-Euler Theorem exists, a timeless monument to its two brilliant creators. In all of mathematics, there is nothing quite like it.

 

William Dunham dans Euler : The master of us all à propos des travaux d’Euler sur les nombres parfaits

Reconstruire le carré

Les quatre points \(A\), \(B\), \(C\) et \(D\) suivants appartiennent aux quatre côtés d’un carré. Il faut reconstruire le carré à la règle et au compas.

Cela semble beaucoup plus facile que ça l’est en réalité. Avant de continuer, je vous encourage à essayer par vous-même.

Examinons premièrement deux de ces points, par exemple les points \(A\) et \(B\). Un peu de géométrie élémentaire nous permet de déduire que le sommet K du carré est forcément sur le cercle de diamètre \(\overline{AB}\) (de centre \(E\), tel qu’illustré ci-dessous).

Il faut donc trouver \(K\) sur ce cercle. Approfondissant notre exploration, on trace la perpendiculaire à \(\overline{AB}\) passant par \(E\). Cette perpendiculaire coupe le cercle en \(G\) (de l’autre côté de \(\overline{AB}\) que \(K\)). Traçons \(GK\).

L’angle au centre \(BEG\) et l’angle inscrit \(BKG\) interceptent le même arc \(BG\). La mesure de l’angle au centre \(BEG\) étant \(90^{\circ}\), on en déduit que la mesure de l’angle inscrit \(BKG\) est de \(45^{\circ}\). La même remarque s’applique aux angles au centre \(AEG\) et inscrit \(AKG\). \(K\) est le sommet recherché et la droite \(GK\) est la bissectrice de l’angle droit \(AKB\). La droite \(GK\) supporte donc la diagonale du carré.

Il ne reste qu’à appliquer ces considérations à notre figure initiale.

À partir des quatre points initiaux, on trace les cercles de diamètre \(\overline{AB}\) et de centre \(E\) et de diamètre \(\overline{CD}\) et de centre \(F\).

On trace ensuite les perpendiculaires à \(\overline{AB}\) par \(E\) et à \(\overline{CD}\) par \(F\). Ces perpendiculaires coupent les cercles respectivement en \(H\) et \(G\) et en \(I\) et \(J\) (tel qu’illustré ci-dessous).

On choisit ensuite deux de ces points de telle sorte que la droite qui passe par ces points coupe les cercles à deux autres endroits. Dans notre exemple, on choisit les points \(G\) et \(I\) puisque la droite \(GI\) coupe les deux cercles à deux autres endroits, respectivement en \(K\) et \(L\). Nous avons vu que la droite \(GK\) supportait une diagonale du carré et, dans l’autre cercle, la droite \(IL\) supportait aussi une diagonale du carré. L’astuce est ici de faire coïncider ces deux diagonales qui ne sont en effet qu’une seule : la droite \(KL\) supporte une des deux diagonales du carré… et \(K\) et \(L\) sont deux sommets opposés du carré.

On trouve ensuite les deux autres sommets en traçant l’autre diagonale.

Voilà !

Ce qu’il y a de formidable, avec cette méthode, c’est que si l’on accepte que les points puissent se trouver sur les côtés ou sur les prolongement des côtés du carré, alors il devient toujours possible, à partir de quatre points quelconques, de reconstruire un carré. Même dans les cas les moins intuitifs… Par exemple dans le triangle \(ABC\) ci-dessous avec le quatrième point \(D\) à l’intérieur du triangle, dont voici une solution possible

puis une autre avec les mêmes points

ou encore avec quatre points colinéaires !

Inspiré par : The Oral Exam