Citation

For all of Kummer’s work on the cutting edge of number theory, he was apparently rather bad at elementary arithmetic. One story has him standing before a blackboard, trying to compute 7 times 9. “Ah,” Kummer said to his high school class, “7 times 9 is eh, uh, is uh, …” “61,” one of his student volunteered. “Good,” said Kummer, and wrote 61 on the board. “No,” said another student, “it’s 69.” “Come, come, gentlemen,” said Kummer, “it can’t be both. It must be one or the other”.

Paul Hoffman (1998), The Man who loved only numbers

Contrairement à l’intuition…

Pour une aire donnée, le rectangle possédant le plus petit périmètre est un carré.

On considère le carré suivant d’aire \(x^{2}\)


La mesure d’un de ses côtés est \(x\) et son périmètre est \(4x\). On considère ensuite un rectangle équivalent. Il est clair que si on augmente à la fois la longueur et la largueur, l’aire du rectangle sera indubitablement supérieure et, contrairement, si on diminue à la fois la longueur et la largeur, l’aire sera nécessairement plus petite. Il faut donc augmenter la longueur et diminuer la largeur (ou vice-versa). Les mesures des côtés du rectangle sont donc \(x-a\) et \(x-b\), où \(a\) et \(b\) sont deux nombres réels strictement positifs. Le périmètre du deuxième rectangle est\[4x+2\left(a-b\right)\]En quoi cela se compare-t-il avec le périmètre du carré ? Comme les rectangles sont équivalents, on a, en comparant les aires,\begin{align*}(x+a)(x-b)&=x^{2}\\ \\ x^2 +(a-b)x-ab&=x^{2}\\ \\ (a-b)x-ab&=0 \\ \\ a-b&=\frac{ab}{x}\end{align*}En substituant, le périmètre du deuxième rectangle devient\[4x+\frac{2ab}{x}\]et puisque\[a>0,\quad b>0,\quad x>0\]l’expression\[\frac{2ab}{x}>0\]est strictement positive. Cela nous permet de conclure que\[4x+\frac{2ab}{x}>4x\]On pose ensuite le problème suivant

Un terrain rectangulaire d’aire A se trouve le long de la rive (rectiligne) d’une rivière. Quelle est la longueur minimale de la clôture nécessaire pour clôturer les trois autres côtés du terrain ?

La solution est-elle encore un carré ?

On a\[A=xy\] \[P=2x+y\]avec\[x>0, \quad y>0\]En substituant on obtient\[P = 2x + \frac{A}{x}\]On cherche à minimiser \(P\). En dérivant par rapport à \(x\) on obtient\[P’ = 2-\frac{A}{x^{2}}\]puis en résolvant \begin{align*}0&=2-\frac{A}{x^{2}} \\ \\ \frac{A}{x^{2}}&=2 \\ \\ A&=2x^{2} \\ \\ \frac{A}{2} &= x^{2} \\ \\ \pm \sqrt{\frac{A}{2}} &=x \\ \\ \pm\frac{\sqrt{2}}{2}\sqrt{A}&=x\end{align*}On ne retient que la racine positive puisque \(x>0\). Enfin comme \[P^{\prime \prime} = \frac{2A}{x^{3}}\]on a en remplaçant\[P^{\prime \prime}=\frac{2A}{\frac{\sqrt{2}}{2}\sqrt{A}}>0\]ce qui nous assure que notre solution\[x=\frac{\sqrt{2}}{2}\sqrt{A}\]est un minimum. Il est peut-être étonnant de prime abord de voir que\[x=\sqrt{A}\]n’est pas la solution et que le rectangle de plus petite aire n’est pas un carré ! C’est essentiellement contraire à l’intuition que l’on aurait pu se forger au départ. On peut obtenir une expression pour \(y\) \[y = \sqrt{2}\sqrt{A}\]et calculer ce qui donne, comme longueur de clôture,\begin{align*}2\frac{\sqrt{2}}{2}\sqrt{A} + \sqrt{2}\sqrt{A} &= 2\sqrt{2}\sqrt{A} \\ \\&\approx 2,\!8284\sqrt{A}\\ \\ &<3\sqrt{A}\end{align*}

Comme il est inutile de clôturer la rive, on n’a qu’à compter le plus grand côté une seule fois. Il semble donc normal, après réflexion, qu’on ait \(y>x\) dans la solution optimale.

Intrication mathématique

Après la suite de Fibonacci, on fouille et cherche dans le triangle de Pascal dans l’espoir d’y trouver un autre résultat étonnant.

Les mathématiciens sont familiers depuis longtemps avec le fait que la \(n\)e ligne du triangle se somme à \(2^{n}\) (la première ligne étant commodément notée \(n=0\)). \[\sum_{k=0}^{n}\binom{n}{k}=\ 2^{n}\]Pour une preuve ingénieuse utilisant la combinatoire, on peut se référer à Andrews [1]. Qu’advient-il alors lorsqu’on multiplie les membres des lignes et donc qu’on s’intéresse à \[p_{n}= \prod_{k=0}^{n}\binom{n}{k}\]De prime abord, hélas, pas grand chose…

… outre que les valeurs successives de \(p_{n}\) croient très rapidement. Il serait donc peut-être pertinent de regarder du côté des rapports \(\dfrac{p_{n}}{p_{n-1}}\).

Même les rapports successifs croient eux-aussi de manière fulgurante ! Or il semble cette fois-ci qu’un lien multiplicatif approximatif lie les rapports successifs : pour les premières valeurs de \(n\), cela semble être un peu plus que le double ! Il nous reste donc à vérifier du côté des rapports des rapports.

On s’intéresse à la valeur limite, si elle existe, de ces rapports de rapports. On trouve d’abord une expression pour \(p_{n}\) \begin{align*}p_{n} &= \prod_{k=0}^{n} \binom{n}{k} \\ \\ &=\frac{n!}{0!(n-0)!} \cdot \frac{n!}{1!(n-1)!} \ \cdot \ \dots \ \cdot \ \frac{n!}{(n-1)!(n-(n-1))!}\cdot \frac{n!}{n!(n-n)!}\end{align*}Au numérateur, on multiplie \(n!\) un total de \((n+1)\) fois. Au dénominateur, on remarque qu’on a deux fois les facteurs \(0!\), deux fois les facteurs \(1!\), … , deux fois les facteurs \((n-1)!\) et enfin deux fois les facteurs \(n!\). On obtient donc \[p_{n} = \left(n!\right)^{n+1}\cdot \prod_{k=0}^{n}\frac{1}{\left(k!\right)^{2}}\]On s’intéresse ensuite aux rapport \(\dfrac{p_{n}}{p_{n-1}}\) \[\frac{p_{n}}{p_{n-1}} = \frac{\left(n!\right)^{n+1}\cdot \prod_{k=0}^{n}\frac{1}{\left(k!\right)^{2}}}{\left(\left(n-1\right)!\right)^{(n-1)+1}\cdot \prod_{k=0}^{n-1}\frac{1}{\left(k!\right)^{2}}}\]qu’on simplie dans les étapes suivantes (en commençant par les produits peu commodes) qu’on espère suffisamment simples pour qu’elles se passent d’explication\begin{align*}\frac{p_{n}}{p_{n-1}}&=\frac{\left(n!\right)^{n+1}\cdot \prod_{k=0}^{n}\frac{1}{\left(k!\right)^{2}}}{\left(\left(n-1\right)!\right)^{n}\cdot \prod_{k=0}^{n}\frac{1}{\left(k!\right)^{2}}} \\ \\ &=\frac{\left(n!\right)^{n+1}\cdot \frac{1}{\left(n!\right)^{2}}\cdot \prod_{k=0}^{n-1}\frac{1}{\left(k!\right)^{2}}}{\left(\left(n-1\right)!\right)^{n}\cdot \prod_{k=0}^{n-1}\frac{1}{\left(k!\right)^{2}}} \\ \\ &=\frac{\left(n!\right)^{n+1}}{\left(\left(n-1\right)!\right)^{n} \cdot \left(n!\right)^{2}} \\ \\ &=\frac{\left(n!\right)^{n}}{\left(\left(n-1\right)!\right)^{n}\cdot n!}\\ \\ &=\frac{\left(n\left(n-1\right)!\right)^{n}}{\left(\left(n-1\right)!\right)^{n}\cdot n!} \\ \\ &=\frac{n^{n}\left(\left(n-1\right)!\right)^{n}}{\left(\left(n-1\right)!\right)^{n}\cdot n!}\\ \\ &=\frac{n^{n}}{n!}\end{align*}Pas si mal ! On s’intéresse enfin aux rapports des rapports qu’on simplifie eux-aussi étape par étape\begin{align*}\frac{p_{n+1}/p_{n}}{p_{n}/p_{n-1}}&= \frac{\frac{\left(n+1\right)^{n+1}}{\left(n+1\right)!}}{\frac{n^{n}}{n!}} \\ \\ &=\frac{\left(n+1\right)^{n+1}}{\left(n+1\right)!}\cdot \frac{n!}{n^{n}} \\ \\ &=\frac{\left(n+1\right)^{n}\cdot \left(n+1\right)\cdot n!}{n^{n} \cdot \left(n+1\right)\cdot n!} \\ \\ &=\frac{\left(n+1\right)^{n}}{n^{n}}\\ \\ &=\left(\frac{n+1}{n}\right)^{n}\\ \\ &=\left(1 + \frac{1}{n}\right)^{n}\end{align*}Et là comme \[\lim_{n\to \infty}\left(1 + \frac{1}{n}\right)^{n}=e\]on trouve que\[\lim_{n\to \infty} \frac{\phantom{x}\frac{p_{n+1}}{p_{n}}\phantom{x}}{\frac{p_{n}}{p_{n-1}}} =e\]c’est-à-dire que lorsque \(n\to \infty\), les rapports des rapports tendent vers le nombre \(e\).

[1] George E. Andrews (1994), Number Theory

Référence : Harlan J. Brothers, Mathematics Magazine, Volume 85, Number 1, February 2012 , pp. 51-51(1)